Martine Wallimann, l’intrépide DJ de Synapscore

Après une carrière rondement menée dans la banque, des cabinets d’avocats et de grandes entreprises, Martine Wallimann fait le grand saut dans l’univers des start-up en 2016. Un plongeon naturel et cohérent pour celle qui n’a jamais hésité à sortir de sa zone de confort. Portrait de la directrice juridique de Synapscore, dont elle est également associée.
Par Carine Guicheteau


Du juridique (propriété intellectuelle, gestion des contrats et des levées de fonds…) au développement commercial, en passant par la compliance, la gouvernance et les RH, Martine Wallimann jongle aujourd’hui avec plusieurs caquettes en tant que partner et general counsel de la start-up Synapscore. Cette aventure entrepreneuriale, c’est l’histoire d’une rencontre avec Serge Dautrif, le fondateur, et d’un coup de cœur pour le projet et l’outil développé par la start-up. « Serge Dautrif était convaincu qu’il lui fallait des compétences juridiques pour faire avancer son projet », rapporte Martine Wallimann. La complémentarité mais également la polyvalence sont des ingrédients essentiels dans une start-up où les ressources, notamment humaines, sont restreintes.
Synapscore emploie aujourd’hui une dizaine de personnes. « Les analyses de risques sont continuelles afin d’allouer les justes ressources à chaque dossier, commente la directrice juridique. Sinon les problématiques abordées sont souvent similaires à celles des entreprises de plus grande taille, mais avec des process allégés, et un circuit décisionnel très court. Sur certains sujets, je suis d’ailleurs la seule décisionnaire. » Une autonomie et une rapidité d’exécution qui ne sont pas pour déplaire à cette impatiente de nature. Elle a ainsi pu organiser, en peu de temps, deux levées de fonds notamment auprès de business angels, pour un montant total de l’ordre de 300 000 €.


DE CHALLENGES EN CHALLENGES
Rejoindre une start-up, le pari est osé. Mais, la gestion des risques n’est-il pas le propre de tout juriste ? D’autant que Martine Wallimann a de nombreux atouts dans sa manche pour accompagner et sécuriser la trajectoire de la start-up. Elle peut s’appuyer sur une expérience riche et diversifiée où elle a laissé libre cours à sa curiosité. « La créativité juridique n’est possible qu’en se soumettant à des stimuli différents », résume-t-elle.
C’est pourquoi elle s’est, tout au long de son parcours professionnel, ouverte à de nouveaux domaines d’expertise et s’est confrontée et nourrie de différents environnements et secteurs d’activité.
Car, avant de collectionner les casquettes dans une start-up, Martine Wallimann a jonglé avec les métiers avec aisance. Après des études à Paris II Panthéon Assas et à l’université McGill à Montréal, elle a successivement été « bébé banquière », comme elle aime à le dire, puis avocate et directrice juridique groupe.
De son passage dans la banque, elle garde un bon souvenir mais avoue ne pas avoir eu d’affinités avec les chiffres. Elle travaillait sur les IPO côté pricing et mise sur le marché. L’appel du droit se faisant pressant, elle s’est donc dirigée vers l’avocature. « Une évolution naturelle », estime Martine Wallimann qui collaborait alors avec nombre d’avocats.
Restructuration, M&A et du contentieux associé sont son quotidien. Et ce, pendant dix ans. « J’ai adoré être avocat, témoigne-t-elle. J’y ai appris mon métier de juriste experte. » Néanmoins, la robe lui paraît un peu étriquée : « Un avocat est un professionnel du conseil et de la recommandation, il prend peu de décisions. » Femme d’action, Martine Wallimann aspire alors à devenir actrice de l’entreprise et de sa stratégie. Avec trois objectifs : manager une petite équipe, s’investir dans une entreprise des nouvelles technologies où elle pourra mettre à profit son expertise des M&A dans un environnement international. C’est vers Dassault Systèmes qu’elle s’envole alors, en tant que directrice juridique groupe. Le M&A reste très présent mais Martine Wallimann s’ouvre également à de nouveaux domaines comme la propriété intellectuelle. Elle y développe le département juridique, qui passe de trois à 30 juristes. « Dassault Systèmes est l’une de ces sociétés qui respectent le juridique et reconnaissent l’expertise des gens, apprécie-t-elle. Ce n’est que bien plus tard que je me suis trouvée confrontée à la question du positionnement du juriste d’entreprise. Se demander si c’est un business partner ou non est totalement suranné. Une ineptie ! Aux États-Unis, par exemple, pays avec lequel j’ai très longtemps travaillé, et vécu 18 mois pour Dassault Systèmes, le droit est considéré de la même façon que les autres disciplines. Les juristes sont des acteurs du business au même titre que leurs collègues du marketing ou des ventes ! »
Outre-Atlantique, avec son franc-parler et son naturel avenant, la directrice juridique n’a aucun mal à s’adapter. Seul aspect plus difficile à appréhender : le système judiciaire américain. « Être dans les mains d’un système incontrôlable est vraiment déroutant pour une juriste continentale, souligne Martine Wallimann. En dehors de cela, travailler avec des gens positifs comme les Américains est très stimulant. »


UNE JURISTE DÉCOMPLEXÉE
Quoi qu’il en soit, au bout de huit ans, elle poursuit sa carrière de directrice juridique en faisant un détour par l’univers des fonds d’investissement avec Partech Ventures, puis par celui des sociétés sous LBO et en retournement avec le groupe Europcar. Elle renoue avec un contexte de croissance en rejoignant Synapscore en 2016.
Un parcours que la bosseuse a mené tambour battant, tout en se ménageant du temps pour son fils. Elle s’est également, un temps, investie pour la profession de juriste d’entreprise. Membre depuis des années de l’AFJE, elle a endossé le rôle d’administratrice et même de trésorière dans les années deux mille.
« L’AFJE est une belle association qui œuvre avec efficacité à l’ouverture et au développement de notre profession, apprécie-t-elle. Il y a des batailles qui ne peuvent se mener seul. Je tire mon chapeau à tous les membres de l’AFJE qui portent ces sujets, avec détermination et patience, et se dressent contre le corporatisme. »
L’ancienne avocate adhère pleinement à la création d’une grande profession du droit. « Les barrières entre les différents métiers du droit devraient être abolies, estime-t-elle. Un juriste d’entreprise est à la fois un expert, un gestionnaire et un manager. Pourquoi un avocat ou un magistrat, qui sont des experts, auraient davantage de capacité à embrasser les autres compétences du juriste d’entreprise, qu’un juriste d’entreprise à intégrer des règlementations professionnelles ou de nouvelles expertises juridiques ? La qualité de l’expérience acquise dans le métier de juriste d’entreprise et son intérêt n’ont pas moins de valeur. Sinon, pourquoi y aurait-il autant de transferts venant des autres professions du droit ? D’ailleurs, quel sens a cette position de refus d’une grande profession alors que d’autres professions comme les experts-comptables, avec des formations bien plus légères mais une très forte capacité commerciale, pratiquent quotidiennement le droit ? »

 


Publié le 14/02/2018

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