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Juriste unique : un défi à relever

par Amandine Vautier
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Nouvelles obligations à la charge des entreprises, judiciarisation du monde des affaires et règles de la mondialisation complexes : les sociétés à taille humaine s’adjoignent les services de juristes, longtemps réservés aux grandes structures. Le juriste généraliste fait son grand retour dans les PME. 

Par Amandine Vautier

Le juriste est garant des intérêts de l’entreprise. Il conseille et apporte son soutien à la direction et à l’ensemble des services. Au sein de structures à taille humaine, le juriste unique est le seul expert en droit et se voit confier des fonctions très variées, le faisant souvent intervenir dans des domaines étrangers à son champ d’expertise initial. Il est le “ssachant” dans tous les domaines du droit. Véritable autodidacte, sa position centrale et sa vision globale de la société, lui permettent d’appréhender habilement toutes les problématiques. Le juriste unique verra très vite son domaine d’expertise élargi : du droit des affaires classique vers des domaines de plus en plus spécialisés, tels que le droit social, douanier, la compliance, ou encore aujourd’hui la gestion d’une crise sanitaire. Les moyens mis à disposition d’un juriste unique étant particulièrement restreints (abonnement minimum aux ressources juridiques, recours aux cabinets extérieurs limités), celui-ci sera régulièrement assailli de doutes et devra redoubler de vigilance dans l’établissement, seul, de sa stratégie juridique. Il sera d’ailleurs bien souvent amené à conduire seul certaines procédures contentieuses. Le juriste unique sera intensément sollicité par les opérationnels, qui chercheront son support quotidiennement. Cette proximité demeure un réel atout, le démarquant de l’image du “juriste dans sa tour d’ivoire” et lui offrant l’adhésion du plus grand nombre. Le juriste unique sera couramment en lien hiérarchique direct avec le représentant légal. Le rattachement du juriste unique à la direction administrative et financière tend largement à disparaître ces dernières années ; eu égard à la dissemblance de leur point de vue respectif, conduisant bien souvent à minimiser l’importance des risques et actions juridiques. Le juriste unique, malgré son rôle de véritable business partner, n’a encore que très rarement sa place au sein des comités de direction ou comité exécutif et, par conséquent, un écho bien faible dans la définition de la stratégie de l’entreprise.

NAISSANCE DE LA CULTURE JURIDIQUE

Un long travail d’audit permettra au juriste d’analyser le fonctionnement précis de la société et de ses risques récurrents. Trouvant son équilibre entre son rôle de garant du droit et de risk manager, il devra évoluer sur les différents chantiers, en priorisant ses tâches selon l’imminence ou l’intensité du risque. Par une politique du changement, il devra intégrer au cœur de l’entreprise des procédures donnant à sa fonction l’importance requise. L’objectif sera d’éviter une paralysie du système en place tout en garantissant que ses fonctions puissent être pleinement exercées afin de répondre à sa mission première : la sécurité juridique. Dans la mise en place son service, le juriste devra faire preuve d’une pédagogie émérite et d’une patience immuable. En effet, ce dernier sera très vite confronté à un manque de culture juridique de ses différents collaborateurs, ne lui permettant pas toujours d’imposer les intérêts juridiques. Rechercher l’équilibre entre impératifs légaux et économiques peut s’avérer être une tâche bien difficile. Enrichissant, passionnant et imprévisible, le travail du juriste unique offre l’opportunité d’influer sur les réussites et les progrès de l’entreprise, tout en étant régulièrement confronté aux incertitudes… et à l’adrénaline.