"Lead, Advocate, Win": une direction juridique au cœur de l'entreprise et de sa culture

IBM se caractérise par un ancrage profond dans son environnement juridique et ses valeurs éthiques. La culture juridique d’IBM repose sur l’innovation, l'anticipation, l’indépendance et la collaboration. Permettre de saisir les opportunités tout en minimisant les risques dans le but d'un succès durable, tel est le rôle de chaque juriste d’IBM.
Par Bruno Massot

Présente en France depuis plus de 100 ans, et ayant elle-même traversé plusieurs révolutions industrielles et technologiques, IBM travaille avec les entreprises qui ont fait de l’innovation leur credo. Elle leur permet de se différencier de manière durable sur leur marché, notamment par la mise en œuvre de solutions de transformation digitale, par la valorisation du capital que représentent leurs données ou par l'intégration de "briques" cognitives d'une intelligence artificielle qui apprend, raisonne et propose des solutions aux professionnels dans chacun de leurs métiers. Pour ce faire, IBM met à la disposition de ses clients une large palette de ressources –compétences, systèmes, logiciels, méthodes, services, financement, technologies– qui accompagnent ses clients (grands comptes, PME-PMI, start-up ou encore partenaires de son "écosystème") dans leur démarche d'innovation.

UNE SENSIBILITÉ JURIDIQUE FORTE ET PARTAGÉE, AFFIRMÉE AU COURS DES DÉCENNIES
Une entreprise qui se développe pendant plus d'un siècle ne peut le faire sans une culture forte : dans le cas d'IBM c'est une réalité incontestable. Si on examine de plus près cette culture pour la débarrasser des modes et tics propres à chaque époque, on peut en voir les lignes de force et les constantes. S'agissant d'IBM, et cela ne surprendra pas de la part d'une entreprise aussi internationale, et d'origine américaine, la dimension juridique est au cœur de sa culture.

Cette culture juridique se manifeste par la place accordée par l'entreprise au respect de l'environnement juridique au sein duquel elle opère, ainsi que des valeurs éthiques qu'elle s'est fixées et auxquelles son développement et sa pérennité sont intimement liés. IBM a été une pionnière dans l'établissement d'une charte éthique, dénommée "Principes de conduite dans les affaires", appliqués au niveau mondial, dont les grandes lignes sont largement basées sur la vulgarisation de concepts juridiques et qui sont restées très constantes au fil des décennies. Chaque collaborateur du groupe s'engage à s'y conformer et doit "certifier" en avoir pris connaissance chaque année.

Cette charte contribue largement à la diffusion d'une culture dans laquelle l'éthique et la conformité ("compliance") ne sont pas l'apanage de la direction juridique mais une toile de fond qu'il est demandé à chaque collaborateur de l’entreprise de s'approprier et de respecter au quotidien.

 

UNE DIRECTION JURIDIQUE AU SOUTIEN D'UNE STRATÉGIE GLOBALE

Cette culture juridique se traduit également par un positionnement des juristes comme conseils de leurs "clients" internes, selon un vocable emprunté à la relation "client-avocat" (profession dont est issu plus d'un tiers de l'équipe française). Chaque membre de la direction juridique française est ainsi en lien direct avec les responsables de chaque business unit afin de leur permettre de prendre leurs décisions en pleine connaissance des tenants et aboutissants juridiques. Pour cela, les juristes sont membres des organes de décision de chacune de ces entités, qu’il s’agisse du comex ou des comités de management de chaque business unit. Conformément aux habitudes de la maison, leur mission se traduit en un acronyme de trois lettres : L.A.W., pour "Lead, Advocate, Win", soulignant le rôle moteur qui leur est confié pour guider l'entreprise à travers les opportunités et les risques auxquels elle est confrontée, et avec l'obsession d'un succès durable.

Ce rôle et cette mission leur donnent une connaissance étroite de la stratégie de l'entreprise et leur permet d'influencer celle-ci, en amont. Mais dans tous les cas, la mission des juristes s'exerce en considération des intérêts de l'entreprise dans son ensemble, et non seulement de ceux de telle ou telle "BU". Ceci va de pair avec un modèle d'organisation fondé sur l'idée que tout juriste doit pouvoir s'exprimer avec l'indépendance intellectuelle que requiert sa fonction et qu’il rend compte à un autre juriste.

 

DES JURISTES, ACTEURS DE LA TRANSFORMATION DE L'ENTREPRISE

Ce positionnement place les juristes au cœur de la stratégie résolument innovante d'une entreprise qui, pour survivre et progresser, a dû se transformer continuellement et savoir identifier des opportunités d'évolution derrière chaque contrainte, quitte à se détourner de marchés qu'elle avait elle-même contribué à créer, quelques années plus tôt, au fur et à mesure qu'ils se banalisaient. Cette transformation a un but unique et ultime : anticiper et accompagner le besoin de transformation de ses propres clients et se positionner là où IBM peut leur être "essentielle". Cette transformation conduit ces mêmes clients à repenser la place de leur informatique, qui se trouve désormais axée sur des plateformes digitales, distribuées et adaptables aux réalités très changeantes de leur activité.

De la même manière, la direction juridique d'IBM a dû se transformer en profondeur, pour tenir compte de cette évolution, dans laquelle les grands piliers qu'étaient le matériel, le logiciel et le service ont laissé la place à des offres de services composites et hybrides autour de la "donnée". Ces offres extrêmement évolutives ne peuvent être comprises (et des solutions juridiques adéquates ne peuvent donc être trouvées) sans adopter une approche résolument transversale, c'est-à-dire tenant compte des enjeux juridiques propres à chacun des éléments (produits et services) qui les composent et des branches du droit auxquelles ils font appel (protection des données, droit de la concurrence, du financement, des sociétés, etc.). Cette approche conduit également à privilégier les parcours conduisant chacun à développer plusieurs spécialités au fil de son expérience et à ne pas s'enfermer dans une "hyper-spécialisation". En parallèle, le développement des plateformes distribuées (telles que la Blockchain), de l'internet des objets et des activités autour de l'intelligence artificielle (et plus largement de l'application des sciences cognitives au service d’une intelligence "augmentée"), conduit les juristes à devoir s'emparer de questions juridiques qui, en un instant, sont devenues celles du présent.

 

UN RÉSEAU S'APPUYANT SUR DES OUTILS ET DES MÉTHODES REPENSÉS

Cette culture de l'innovation et de l'anticipation ne va pas sans celle de la collaboration, au sein de l'équipe locale mais aussi au sein du réseau que constitue le IBM Legal Department au niveau européen et mondial.

Ainsi, dans chaque domaine, il existe un réseau interne de professionnels du droit et du contrat, à même d’échanger dans notre langue de travail commune, à savoir l'anglais, sur les problématiques rencontrées, de partager les solutions trouvées et de créer ainsi une forme d'intelligence collective. C'est d'ailleurs l'équipe elle-même, tant en France qu'à l'étranger, qui définit ses besoins et son programme de partage de connaissances.

Pour faciliter l'accès à ce réseau et à ces connaissances, différents outils d’échange ont été mis en place, tels que des communautés ou des blogs. Ces blogs sont parfois délibérément ouverts pour une courte durée seulement, à la manière des hackatons des développeurs, dont nous empruntons de nombreuses méthodes. Ainsi, à titre d'exemple, nous essayons d'appliquer à notre domaine (et à nos propres besoins) la méthode Agile et le design thinking, qui mettent la définition du but et l'expérimentation au cœur du processus de création.

C'est en suivant ces méthodes que, au niveau local, nous avons refondu nos bases de connaissances partagées pour les rendre accessibles de manière "digitale" et simplifiée. Chaque membre de l'équipe peut y contribuer : la démarche collaborative y est ainsi la règle, chacun prenant conscience que la qualité de ce qu'il y trouvera repose sur la contribution de chacun... C’est donc une culture du partage de l’information et du savoir qui est mise en œuvre au soutien de l'efficacité de la direction juridique au sein de l'entreprise.

 

A propos de

Bruno Massot est directeur juridique d'IBM France depuis 2013. Auparavant, et après quelques années d'exercice comme avocat,
il avait occupé divers postes au sein du groupe IBM, dans le domaine du droit social, de la négociation de contrats 
d'externalisation informatique et le montage de joint-ventures, pour la France et la Belgique puis au niveau européen,
depuis Madrid. Il est membre de l'AFJE depuis 1997 et membre de l'équipe organisatrice de la Commission Management 
(Projets et Organisation) depuis 2016.

Rubrique suivie par Christophe Roquilly, professeur à EDHEC Business School, et Rémy Sainte Fare Garnot, administrateur honoraire de l’AFJE.

 


Publié le 31/01/2018

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