La polyvalence, qualité incontournable du juriste

 

« Juriste polyvalent » serait-il un euphémisme ? Oui, comme en témoignent deux membres du Comité des jeunes juristes de l’AFJE [1]. Julie Fabert (27 ans), juriste d’affaires pour SPIE, et Anaïs Kuadjovih (29 ans), juriste achats et référencement chez Auchan, ont ainsi découvert par les stages puis leur premier emploi, que le poste allait au-delà de la compétence juridique. 
Le juriste se doit d’être ouvert et de savoir s’adapter aux situations comme à ses interlocuteurs, d’aller à leur rencontre, de comprendre leurs enjeux, pour accomplir ses missions. Une dimension qui n’est pas toujours perçue lorsque l’on envisage de devenir juriste d’entreprise...

 

Clarisse Andry : Avez-vous constaté, lorsque vous avez commencé votre vie professionnelle, une demande de polyvalence au juriste ?

Julie Fabert : J’ai effectivement été confrontée à cette demande de polyvalence dès ma prise de poste. Je dois d’abord être polyvalente dans mes missions juridiques, car je vais traiter différents droits : le droit du travail, le droit des contrats, le droit des marchés publics, ou encore droit de la construction/assurances. Ensuite dans mes fonctions, car il va me falloir négocier, rédiger, former, conseiller, traiter des dossiers. Mais la plus grande polyvalence demandée est de devoir adapter mon discours juridique à mes interlocuteurs, quels qu’ils soient : conducteurs de travaux, responsables d’affaires qui sortent de l’école d’ingénieur ou qui ont 30 ans d’ancienneté, chefs de service, jusqu’aux directeurs.

« La plus grande polyvalence est de devoir adapter mon discours juridique à mes interlocuteurs. » (J. Fabert)

Anaïs Kuadjovih : La demande de polyvalence dans le métier de juriste d’entreprise est effectivement là. Celle liée aux compétences juridiques multiples dépend de la taille de l’entreprise. De mon côté, je travaille depuis six ans pour une entreprise d’une taille assez importante, qui privilégie la spécialisation des juristes. J’interviens sur des problématiques liées au droit de la distribution. L’entreprise ne me demandera pas de traiter des problématiques de droit du travail car nous avons des spécialistes de cette matière. En dehors des compétences juridiques, on réalise vite que l’on fait plus que de l’analyse de textes de droit ou de contrats : il faut faire preuve d’énormément de pédagogie. Le juriste doit pouvoir banaliser son discours et être un très bon communicant. Le message doit être bon juridiquement mais également être accessible à tous, à défaut, les effets escomptés ne seront pas là.

Pensez-vous qu’il s’agit d’une évolution naturelle ou logique du métier de juriste d’entreprise ?

Julie Fabert : Oui, c’est à mon sens assez logique car cela signifie s’adapter au milieu économique et à celui de l’entreprise, qui est aussi là pour gagner de l’argent. Le juriste ne peut pas rester cantonné dans un rôle de conseil juridique « bête et méchant ». Il doit se tourner davantage vers ce qu’on pourrait appeler un juriste opérationnel : il doit adapter son conseil afin de, certes protéger les intérêts de l’entreprise, mais surtout s’adapter à la logique affaires tout en prenant de la hauteur. C’est ainsi que le juriste devient réellement proactif dans l’entreprise : il doit connaître les problématiques qui se posent à celle-ci et aux différents opérationnels pour les anticiper. Le suivi de l’actualité économique ou politique joue aussi un rôle important.

Anaïs Kuadjovih : Je pense que c’est une exigence qui a toujours existé, et que c’est l’une des raisons pour lesquelles on choisit le métier de juriste plutôt que celui d’avocat. En étant dans l’entreprise, il faut forcément être plus polyvalent et orienté business. En effet, nos interlocuteurs ont besoin de juristes opérationnels, qui recherchent des solutions aux problèmes et non pas des problèmes aux solutions.
De la même manière, il est indispensable de connaître le métier des interlocuteurs que l’on accompagne, leur quotidien et les termes techniques attachés à leur activité. Par exemple, lorsque je travaille avec les acheteurs, qui négocient les contrats avec les fournisseurs, si je ne connais pas des notions clés comme « remise », « marge arrière » ou « ristourne de fin d’année », il va être difficile de leur fournir un accompagnement de qualité....


Pour voir l'intégralité de l'interview :  http://www.village-justice.com/articles/Polyvalence-juriste,24414.html#gBGM42ADIlUCZ7QV.99

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 10/03/2017

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