Osez vous exprimer à l’extérieur de votre entreprise

Que ce soit pour mettre en avant votre métier, votre direction juridique ou votre expertise,communiquer en dehors de votre entreprise présente de nombreuses vertus. Panorama du champ des possibles.

Par Carine Guicheteau

 

« La communication externe, c’est bon pour l’entreprise et les juristes », annonce d’emblée Philippe de Robert Hautequère, président de la commission Management de l’AFJE. Les directions juridiques valorisent ainsi leur image en interne comme en externe, crédibilisent leur expertise, étayent le sentiment d’appartenance et de fierté, se démarquent dans la course aux talents…

Pour les juristes d’entreprise, c’est aussi l’opportunité de mettre en avant leurs domaines de compétence, « voire une thématique qu’ils n’ont pas l’occasion de développer dans leur quotidien, indique Philippe de Robert Hautequère. Les juristes doivent être proactifs afin d’être connus et reconnus au-delà de leur cercle habituel et ce, via une présence cohérente dans et hors de leur entreprise.» « Se rendre visible, notamment dans les médias au sens large, est un moyen de valoriser son expertise et pourquoi pas d’attirer l’attention d’un recruteur mais aussi des journalistes », ajoute Olivia Dufour, journaliste juridique et économique indépendante.

Seul impératif ? « Avoir une expérience ou une expertise à partager susceptible d’apporter une plus-value », signale Philippe de Robert Hautequère. Les sujets ne manquent pas pour tout juriste : partage de bonnes pratiques, éclairage sur un pan du droit ou d’un secteur, présentation de son métier… Il s’agit d’oser s’exposer, considère-t-il. À la commission Management, nous pensons que les directions juridiques doivent encourager et faciliter l’expression des juristes en dehors del’entreprise, par exemple pour échanger avec leurs pairs au sein d’associations professionnelles, présenter leur métier à des étudiants ou participer à des tables rondes. La prise de parole est formatrice. Elle renforce les soft skills, comme l’esprit de synthèse, l’expression orale ou encore la prise de recul. Elle donne du sens et fait gagner en assurance, en confiance et en estime de soi ! À chacun de trouver le vecteur qui lui convient. »

DE MULTIPLES CANAUX D’EXPRESSION

Conférences et autres tables rondes, réseaux sociaux, blog, médias juridiques ou plus généralistes… Les canaux ne manquent pas pour s’exprimer et se rendre visible. Le plus facile consiste à tisser sa toile sur le Net : Twitter et LinkedIn sont les deux plateformes les plus appropriées pour un usage professionnel. « Moins instantané que Twitter, LinkedIn se prête moins au bad buzz », estime Olivia Dufour. « Disposer d’un profil à jour sur LinkedIn est un pré-requis : moins détaillé qu’un CV, c’est la carte de visite moderne, souligne Philippe de Robert Hautequère. Aujourd’hui, il est devenu banal de "googliser" une personne avant d’initier une relation professionnelle ou de recruter. » L’idéal est d’assurer une présence pertinente, cohérente et régulière par de la curation de contenus, le commentaire d’articles, voire la création de posts originaux. Mais, l’exercice, il est vrai, peut s’avérer chronophage. Si l’envie de rédiger des articles vous taraude, un blog est un support tout indiqué.

Certains médias acceptent également des contributions d’experts. Se faire interviewer est une autre possibilité. Mais, force est de constater que les juristes d’entreprise sont moins visibles dans les médias que les avocats. « Cette médiatisation des avocats est liée à la nécessité de trouver des clients, de se démarquer de leurs concurrents et donc de se rendre visibles, contrainte que les juristes d’entreprise ont moins, indique Philippe de Robert Hautequère. Un juriste d’entreprise a néanmoins des "choses à vendre" : la valorisation de son métier et de la grande profession du droit, de son entreprise ou secteur d’activité, de sa direction juridique, ou de lui-même… » Les juristes ont toute légitimité pour prendre la parole dans les médias pour donner un éclairage sur une loi, un règlement, une jurisprudence... « Les fonctions de l’entreprise sont trop souvent verrouillées par le service communication, déplore Olivia Dufour. La relation est désormais à sens unique : on sollicite les journalistes quand on a besoin d’eux mais leurs demandes d’interview restent souvent lettre morte. » « Il faut distinguer le cas où l’on s’exprime au nom d’une entreprise sur une organisation ou un dossier, en lien avec la direction de la communication le cas échéant, de celui dont nous parlons ici, où l’on partage une réflexion fondée sur l’expérience acquise tout au long d’un parcours professionnel qui est important pour le développement du juriste lui-même et la profession », précise Philippe de Robert Hautequère. Pour éviter toute confusion des genres, « il est possible de s’exprimer par le biais d’une organisation, un syndicat ou une association d’ordre professionnel comme l’AFJE », conclut Philippe de Robert Hautequère.

LE JURISTE D’ENTREPRISE PEUT-IL LIBREMENT S’EXPRIMER PUBLIQUEMENT ?

Le corpus explicatif du code de déontologie des juristes d’entreprise stipule qu’"en toute circonstance
et notamment lors de conférences ou d’actions de formation ou d’enseignement, le juriste d’entreprise 
doit veiller à ne pas divulguer d’information couverte par son devoir de confidentialité et à respecter 
la discrétion et la réserve requises par ses fonctions. Il est de bonne pratique d’informer, 
voire de solliciter l’accord (soit général, soit spécifique) de son responsable hiérarchique, 
avant de telles interventions publiques lorsque le juriste intervient es-qualité de juriste de l’entreprise 
à laquelle il appartient". « Un juriste peut s’exprimer sur tout, sauf sur l’essentiel », plaisante 
Philippe de Robert Hautequère.

 

INTERVIEW : LES RÈGLES DU JEU

Une interview avec un journaliste se prépare ! Parfois des questions pourront vous être communiquées
à l’avance mais ce n’est pas systématique. Vous pouvez, en revanche, anticiper les questions en fonction
de l’angle de l’article (façon dont le journaliste va traiter son sujet) et noter les principales idées 
que vous souhaitez aborder. « Les journalistes sont en quête de bons clients, c’est-à-dire des expert 
disponibles, réactifs, clairs, synthétiques et pas jargonneux », prévient Olivia Dufour, journaliste indépendante.
Quant à la pratique du "off", la journaliste recommande la prudence : « pour éviter tout problème, 
il vaut mieux ne confier que des informations que vous êtes capable d’assumer si elles sont publiées ».
Curieux, voire inquiet, de ce que le journaliste aura retenu de vos échanges, vous souhaitez relire 
l’article avant parution ? Cette faveur vous sera rarement accordée. Tout au plus aurez-vous accès à vos citations. 
« Souvent, la relecture de citations est perçue comme un dû, constate Olivia Dufour. C’est une erreur. 
Nous n’avons aucune obligation déontologique de le faire. Il s’agit d’une manière de mettre nos interlocuteurs 
en confiance. En contrepartie, la personne interrogée doit nous répondre dans les délais et ne pas allonger 
inconsidérément sa citation. »

Publié le 23/01/2020

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